Dans la Rue du Commerce

dans la rue du commerce

il y a des gens pressés, leurs pas déjà en retard

et d’autres sans la pression de l’heure

il y a des hommes qui parlent au téléphone en disant “je le ferai à toute à l’heure”

il y a des femmes qui parlent au téléphone en suppliant “attends-moi, je suis en chemin”

il y en a qui demandent de l’argent mais que dissent d’abord “bonjjjouuur, Ma-a-a-dame”

il y a une dame qui est toujours perdue et qui tente sa chance à différents points de la rue sans trouver des yeux qui la regardent

il y a des fruits triés par couleurs et des ananas coupés par leurs moitiés verticales

il y a de caisses de fruits avec “la violette” écrit dessus

il y a une église qui attend les croyants et des escaliers qui reçoivent le froid que s’en va

il y a la solitude dans les chaussures d’une veuille dame: G pour gauche et D pour droite écrit en crayon noir

il y a un tabac où les gens achètent des cigarettes sans marque, tous les paquets uniformes en vert militaire

il y a un restaurant avec une façade bleu que vend des fruits de mer et une lasagne de saumon que je n’ai jamais gouté

Il y a une fromagerie en deuil parce que le bébé des propriétaires est né mort

Il y une boucherie que vend des andouillettes et du carpaccio à 2,30 euros.

il y a une magasin que vend des slips marque “Arthur”

il y a des spring rolls parfaitement arrangés dans le traiteur “asiatique” et la question flottante “est-ce que tout la nourriture asiatique c’est pareille ?”

dans la coin, à gauche, il y a les rayons du soleil qui me frappent aussi fort que les bras du clochard qui demande une petite pièce

et toute droit

un arbre mort

qui ne va jamais sentir la vie s’épanouir de ses branches.

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Mots cachés

Richard Kalvar_1971.jpg

Richard Kalvar, Paris, 1971.

 

I

La lune se cache entre les arbres nus, les branches la touchent en essayant de la traverser. Un touriste (ou peut-être pas) prend des photos avec un Rolleiflex. Il soutient son appareil photo avec la délicatesse de qui sait que dans ses mains est gardé le temps, de qui sait que dans cette machine, la vie s’arrête et continue seulement au moment où quelqu’un regarde les photos.

Le photographe est debout, il regarde tout, il attend. La photo se transforme en désir. Le moment est une invention et ses yeux en cherchent. Le touriste (ou peut-être pas) me regarde aussi, il n’a pas aperçu mes plumes noires. Il n’a pas vu que je suis prête pour le vol et que toute la ville est ma destination.

Je survole son instant. Je le laisse attendre la spontanéité créée. L’artifice. Le regard précis qui se pose sur les autres mais jamais sur moi. Personne ne veut se rencontrer dans le regard perdu de qui est toujours prête à s’évader.